Jackie’s day eight

Nous avons tenté de visiter Koroni mais son urbaniste n’a pas pensé à la taille d’un camping-car quand il a dessiné ses ruelles étroites et sinueuses au XIIIème siècle. Nous avons débouché sur une minuscule placette où des buveurs de café grec attablés nous ont fait des grands signes “non, ça ne va pas plus loin et il n’y a pas de place de parc: faites demi-tour”. Motoo s’est exécuté comme un maître es conduite de camion et, après dix-huit manoeuvres, a renfilé le char vers la sortie, direction Methoni, la ville jumelle de Koroni (les deux villes étant surnommées conjointement les yeux de la république), donnant sur la pointe ouest du dernier doigt.

Alors là, c’est autre chose! La forteresse construite au XIIème siècle par les vénitiens, prise par les ottomans, reprise par les italiens, re-reprise par les turcs et conquise par les français au XIXème siècle afin de la donner à la république grècque émergeante, est immense bien qu’en ruines. J’en ai eu pour plus de 6,000 pas à la visiter (oui, j’ai un podomètre au poignet! Et alors?). Le mur – ou plutôt LES murs – d’enceinte sont d’une épaisseur d’au moins trois mètres et offrent 3 kilomètres de vue splendide sur la ville, le port et le large. On entre en enjambant des douves pour se retrouver entre deux façades immenses. On passe ensuite la deuxième porte de deux épaisseurs avec son trou au milieu au dessus de la tête par lequel les défenseurs pouvaient jeter toutes sortes de saloperies sur les assaillants. On imagine toujours de l’huile bouillante mais c’était une denrée bien trop chère pour l’expédier ainsi; on lui préférait donc des détritus et des pierres.

De l’autre côté, on débouche sur un grand espace d’herbes folles, le lichen se disputant avec le chardon, des pierres et des ruines de construction, des monticules et des restes de fortifications. Une colonne solitaire se dresse devant la porte; un peu plus loin un toit de pierres pyramidal suggère un bâtiment en contrebas; à droite se tient un long mur crénelé découpé d’un portail en ogive; à gauche, au loin, on aperçoit un immense mur ouvert de deux ogives et tout au bout, derrière une ultime porte, la bastide octogonale d’où on s’attend à voir une dulcinée à la fenêtre, en attente d’un héros.

Après un repas très quelconque dans le restaurant d’un hôtel situé au pied de la forteresse, nous sommes allés explorer les chutes de Polylimnio. La route passe dans des paysages de sapins et de craie avec des cyprès qui rompent la ligne d’horizon. Plus on avance et plus son bord est mangé par des buissons fleuris et des sortes de roseaux. On voit parfois un serpent ondulant à toute vitesse sur le bitume; d’autres fois, il n’ondule plus, éclaffé par une voiture qui n’a pas pu l’éviter. Ce ne sont de loin pas les seuls cadavres de la route: chats, lapins, hérissons, sont les victimes quotidiennes et anonymes des voyageurs. La route offre aussi de nombreux nids de poule; en France, on les nomme “trous en formation”, ici les trous sont carrément diplômés, de véritables nids d’autruches!

Le GPS est aussi un outil à surprises. Celui du char n’a pas dû être mis à jour depuis un moment comme on a pu le voir avec la route inconnue pour Elafonisia. Nous découvrons qu’il peut aussi nous indiquer des routes totalement impraticables sauf en tracteur voire totalement inexistantes. Pour atteindre les chutes, nous avons tourné pendant bien 40 minutes avant de trouver “l’entrée”, un chemin de terre menant à un parking en pente. De là, on entreprend une descente très raide d’une dizaine de minutes disparaissant dans des bois. À mi-chemin, une demi-douzaine de papillons jaune et vert nous accueillent et nous ravissent, voletant erratiquement de fleur en fleur, un beau prélude à ce qui nous attend plus bas. Arrivés au bord de l’eau, on est plongés dans un décor véritablement féérique: l’apparition d’un faune ou d’une elfe serait parfaitement logique. On est dans un environnement de clairs-obscurs au travers duquel une masse liquide opaline sourd et se déverse dans des cuvettes en escalier. Des promeneurs descendent péniblement des rochers en amont et m’assurent que la montée est rude mais en vaut largement la peine. Ayant pris mon baton de marche, je saisis aussi mon courage et m’attaque à la première pente. Le chemin ondule d’une rive à l’autre grâce à deux ponts en bois qui permettent de contempler du dessus la foison de verts et blancs de cet univers magique et mélodieux: une multitude d’oiseaux accompagnent de leur chant le doux grondement de l’eau chutant doucement sous nos pieds. Hélas, après la deuxième passerelle, je me rends compte que je ne pourrai pas aller plus loin: mon sens de l’équilibre est trop déficient pour envisager d’enjamber les pierres humides sans me casser la figure. J’envoie donc Motoo en éclaireur avec mon iPhone afin qu’il collecte pour moi les images que je ne verrai jamais en live. Je les découvre à l’instant: la couverture d’arbres se raréfie et expose au soleil une grande cuvette d’eau turquoise alimentée par une cascade. C’est là que les visiteurs viennet se baigner. En remontant, ahanant, nous croisons un jeune couple en tenue de plage, un gobelet de café frappé à la main, se dirigeant résolument vers ce coin de paradis: sont-ils des touristes naïfs ou des indigènes rompus à l’ascension? Je ne le saurai jamais.

Quitter cet eden nous a valu quelques frayeurs avec le char, à commencer par une pente de terre qu’il a eu bien de la peine à surmonter. Puis le GPS a décidé que ce serait la fun de nous envoyer sur 5 kilomètres de chemins terreux, herbus et bosselés. Évidemment, les premiers mètres sont bitumés, un bel attrape-nigauds, et une fois engagés, plus moyen de faire demi-tour! Mais bon, cahin-caha, Motoo nous a sorti de ce pétrin en 20 minutes chrono…

Nous sommes repartis vers la côte en espérant trouver une plage où passer la nuit à la sauvage. Voeux pieux: tous les chemins menant vers la mer étaient en terre, voire en herbe, et chat échaudé… Nous avons donc opté pour un camping des plus quelconques après une délicieuse halte brochettes de poisson dans une vieille taverne, tenue par une petite grecque de noir vêtue regardant deux postes de télévision simultanément: élections municipales.

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