Jackie’s day thirteen

Ευχαριστώ παρά πολύ à Georges Pop pour son post à propos de la beauté méconnue du Λίμνη Δόξα, lac Doxa. J’ai mis un peu de temps à reprendre le clavier: la journée fut dense en beautés et merveilles, qu’elles soient naturelles ou humaines. Ça m’a épuisé: je me suis couchée à 20:00 et j’ai dormi plus de neuf heures presque de suite!

On a commencé tranquillou sur une route de montagne, ondoyant de vallée verdoyante en vallée rocheuse, la vue sur la mer étant remplacée peu à peu par des sapinaies dignes des Alpes. Au détour d’un virage, après une alignée de cyprès bordant la route, on est tombés sur un beau portail ouvert, surmonté d’une peinture murale de Marie aux main tendues vers le ciel avec Jesus enfant nous bénissant, ce qui nous a incité à faire une halte pour explorer. Nous avons été accueillis par quatre chats se prélassant sur un mur et qui furent ravis de mon obole de poisson salé, tu te souviens, celui qui ne se marie pas avec la salade de tomates, feta et concombre. Ayant ainsi payé notre droit de passage, nous avons découvert dans l’encadrure de la porte deux autels avec de multiples icônes ainsi que des petites auges remplies de sable pour tenir des cierges. À gauche, une sorte de four à pizza ouvre une gueule pleine de cendres d’encens. Quelques pas plus loin nous amènent vers des marches descendant vers un balcon naturel. Un trou à droite m’intrigue; j’en fais donc le tour et découvre une petite grotte contenant encore plein d’autres images pieuses au pied d’un Jésus en croix découpé dans une plaque de bois. Au fond, un petit couloir finit sur le trou qui avait attiré mon attention: l’entrée de lumière.

Le tout se trouve sur un promontoire naturel surplombant une immense vallée verdoyante ceinte de montagnes rocailleuses et parsemée d’oliveraies et d’autres cultures en plateaux; au loin, entre deux hauteurs, on devine la mer et les hauteurs de la région de Delphes, de l’autre côté du golfe. Ici et là, il y a quelques mécanismes en métal rouillé: une poulie accrochée à un cable descendant vers des toits en contrebas, une sorte de balcon accroché au dessus du vide dont l’accès est barré. Une grosse cloche solitaire tend une corde tentante mais je résiste et ne tire pas.

Un panneau fléché affiche: au merveilleux jour de l’anniversaire (traduction de googgle). Ma curiosité étant à son comble, je suis le sentier et débouche, un peu plus bas, dans une nouvelle grotte, un peu plus grande celle-ci. Après l’autel et ses sempiternelles icônes à gauche, je découvre émerveillée trois rois mages peints sur des silhouettes en bois apportant leur offrande à la sainte famille leur faisant face: le merveilleux jour de l’anniversaire, c’est la nativité, bien sûr! Tous les personnages sont façonnés sur le même topo, peints sur une silhouette en bois et disposés de manière à former un ensemble cohérent. En revanche, Jesus est posé dans une couffin rectangulaire en bois avec un couvercle transparent qui donne une étrange impression de cercueil: deux moments qui se confondent. Et tout cela est éclairé grâce à un trou en forme d’étoile dans le plafond. Magique de naïveté.

Reprenant la route, celle-ci devient de plus en plus sinueuse avec des lacets bien fermés; les oliviers ont laissé la place aux résineux et aux genêts qui, ensemble, colorent la végétation de vert printanier; l’argile molle devient craie rocailleuse. Après trois quart d’heures, nous traversons enfin un village où nous rencontrons tour à tour un camion-poubelle puis un tracteur. Des panneaux peints à la main nous indiquent que oui, on est bien dans la bonne direction. Et soudain, la large route goudronnée devient un large … chemin en terre! Googgle nous avait bien proposé un itinéraire bis qui rallongeait notre périple de 45 minutes – et bien sûr, on ne l’a pas pris. Du coup, on en a eu pour 30 minutes pour faire les 5.5 derniers kilomètres. On a débouché au bout d’une digue, le lac Doxa étant une retenue d’eau datant de 1990. Nous avons longé son rivage jusqu’à une grande étendue de terre finissant en bosquets de roseaux, les pieds dans l’eau, et d’où provenait un concerto de coassements et sifflements ponctué de stridulations grillonnantes. Quelques empreintes de sabots et quelques crottins attestent de la proximité de chevaux. À gauche, on devine une petite clairière derrière les arbres. À part celui provenant des animaux, il n’y a aucun son. Ça fait du bien!

Pour une fois, Motoo n’est pas impressionné: c’est un lac de montagne comme n’importe quel autre. Je ne sais pas: je ne skie pas, je reste donc en général en plaine. Un peu plus loin, une petite péninsule s’enfonce vers le milieu de l’eau; évidemment, il y a une église au bout. Mais avant d’y entrer, nous sommes abordés par un homme nous parlant dans un sabir anglais mêlé d’allemand, français et grec. Il se tient à côté d’un stand de petits pots de crèmes médicinales de sa fabrication. Il se dit acuponcteur, masseur et réflexologue. Je ne vois pas en quoi ça le qualifie pour la para-pharmacie mais je lui prends tout de même deux pots dont un pour soulager mon arthrite dans les genoux ainsi qu’un stick pour calmer les démangeaisons des piqûres de moustiques.

Nous entrons dans la chapelle dédiée à St Georges où nous retrouvons, dans l’abside, une peinture murale de Marie et Jesus enfant nous bénissant des bras ouverts. Devant eux se trouvent trois icônes représentant re-Marie-et-Jesus ainsi que deux barbus auréolés, un bien coiffé avec des lettres dans son auréole et tenant un livre, l’autre hirsute et tenant un rouleau. Mais ce qui m’intrigue est le geste qu’ils font de la main droite: coiffé touche du pouce l’annulaire et l’auriculaire alors qu’hirsute ne touche que l’annulaire, comme s’ils posaient pour d’étranges ombres chinoises. En levant la tête, je vois Jesus peint sur la coupole qui lui, a rejoint le pouce à son majeur. Que signifient ces signes? À part ces peintures, l’église est plutôt quelconque. Le merveilleux est dans la nature qui lui sert d’écrin. Des grosses libellules ziguent et zaguent en tous sens; un genre de gros lézard vert fluo se prélasse au bord de l’eau, une patte en l’air comme un chat distrait; d’étranges troncs noirs émergent de l’eau aqua-marine.

Nous disons au revoir à ce havre et repartons par une autre route, goudronnée celle-là et bordée de hauts pins et de sapins trapus. Parfois la roche s’ouvre d’une grotte comme un sourire de pierre. Plus loin, le flanc est comme strié de bandes horizontales, successivement vert pomme et pinède. Et toujours ces buissons de genêts jaunes comme autant de soleils sur terre. Il y a aussi parfois des bosquets dont les parties fleuries ressemblent à de la barbe-à-papa rose passé. J’ai pris des centaines de photos depuis la fenêtre du char, la plupart ratées ou peu intéressantes: comment transmettre la sensation de gigantisme à travers un rectangle de 7 centimètres sur 5?

De retour au camping, nous nous écroulons épuisés: je ne sais pas si c’est l’accumulation des kilomètres de notre circuit ou si les virages menant à Doxa ont été particulièrement fatigants, toujours est-il que j’ai été incapable d’écrire.

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