Jackie’s day twelve

À chaque fois que le camping-car à côté ferme sa porte, les oiseaux cessent de piailler, genre, on a éteint le micro! Rigolo. Moins rigolo: les avions qui passent toutes les 90 minutes à basse altitude, le dernier vers 22 heures et le premier à 5 heures du matin… Du coup, on est repartis avec le premier bateau à 8 heures.

Débarqués après une traversée sans incident, nous avons suivi la nationale bordant la côte nord ouest jusqu’au petit Campers Stop afin d’y repérer notre arrêt du soir. Puis on a poursuivi jusqu’à Diakofto d’où part, à 14 heures, le fameux petit train à crémaillère. On a deux heures à tuer et on a faim.

On a esquivé les trois terrasses à frappés/salade grecque pour marcher 50 mètres dans le village et tomber sur la πησταρια (psistaria, taverne à poisson) Kostas (en face de l’épicerie Kostas) qui nous fait visiter sa cuisine pour qu’on puisse choisir avec les yeux. C’est un joyau caché où on est posé sur une terrasse ombragée avec juste une petite brise, trois tables occupées par des autochtones jacassant dans leur merveilleux idiome roucoulant. Deux hommes disputent une partie de tric-trac en sirotant un café. Kosta a allumé la fontaine avant de nous servir du tzatziki, bien sûr, des papillottes de chou farci et la version indigène de la ratatouille: des légumes se délitant dans de l’excellente huile d’olives. On attend encore un ragoût d’agneau à l’artichaut et une dorade grillée. Heureusement que nous embarquons dans le dernier train: on n’aura que quinze minutes d’arrêt à Kalavrita, pas assez pour visiter ni secouer notre repas. Une grosse chatte tricolore s’est pointée en même temps que le poisson: j’ai enfin pu partager mes agapes avec un être reconnaissant. Elle n’a laissé que quelques os de la tête et là, ça fait dix minutes qu’elle digère en se léchant les pattes et le museau.

On attend ensuite sur l’unique quai, devant l’unique voie de la minuscule gare, que le train à crémaillère arrive pour un départ à 14:05. À 14 heures tapantes, un train arrive en gare – mais ce n’est pas le bon! Only in Greece… Notre train, ie, le même ayant largué quelques wagons, nous prend à 14:15.

Et franchement, ça valait largement le voyage. Nous sommes passés dans des gorges mystérieuses, auprès d’arbres aux branches tordues, entre des façades de pierre ocre, à travers des tunnels; nous avons suivi un cours d’eau tumultueux passant tantôt à droite, tantôt à gauche du train. Tout à coup, notre convoi a ralenti afin de traverser une taverne, si, si, traverser: le bâtiment est à gauche et la terrasse surplombant le ruisseau est à droite! Parfois les montagnes s’éloignent, offrant une vue plus dégagée sur un océan de cimes de jade avec, ça et là, un cyprès pointant son dard sapin. Après l’arrêt de Zachlopou, on a commencé à voir des champs de blé encore vert tendre ondoyant au vent comme des vagues.

Comme on a pris le dernier train en montant, on est redescendu tout de suite et, en discutant avec un couple français qui est monté à bord à cet endroit, on a appris que le village n’est pas aussi intéressant que le voyage. Qu’est-ce que je t’avais dit! En revanche, nous étions serrés comme des sardines pour la descente et, plutôt que de mitrailler le paysage, on a taillé le bout de gras avec nos voisins.

Et nous voilà à présent attablés sur la petite terrasse de notre halte dédiée uniquement aux camping-cars et située au bord d’une plage de galets au bout d’une route de bord de mer – ou plutôt, de golfe de Corinthe. Il y a un petit vent qui commence doucement à se faire frais, Motoo sirote une bière; on va sans doute souper ici – mais léger, ce coup. Et demain, direction le lac Doxa, toujours dans les montagnes.

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